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 Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...

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✔ INSCRIT LE : 12/06/2017
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MessageSujet: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Lun 17 Juil 2017, 22:50


J’avais rencontré Fred le lendemain du concert partagé avec Arev.  Malgré son aveu, nous avions répété ensembles –même si ça s’était moins éternisé que la première fois chez moi – et nous avions partagé les duos. Le feeling était là mais dès que la musique se dissipait, une gêne prenait place et mon cœur se serrait. Je regrettais la situation mais je ne voulais pas m’attacher à quelqu’un qui n’avait pas mis de point final à sa dernière histoire.
Fred avait débarqué au bar ce soir-là, en compagnie de James. Nous avions discuté et le feeling était passé mais au départ, rien ne laissait penser que ça finirait par un dîner et un début d’histoire.

1 mois après l’anniversaire d’Amy.
« Si je t’invite à dîner, est-ce que tu me diras oui ? » Je l’avais regardé pendant quelques secondes et j’avais souris doucement. « Tu n’as qu’à essayer… » « Neela, est-ce que tu veux dîner avec moi ? » « Oui. » J’étais revenue de France depuis quinze jour quand il m’avait finalement invitée. Le dîner avait été agréable et il m’avait raccompagnée jusque chez moi. Ce soir-là en le regardant partir, l’idée qu’il se passe quelque chose ne m’avait pas déplu même si ça n’arrivait pas à la cheville de ce que j’avais pu ressentir avec Arev. L’atout avec Fred, c’est que tout était simple. Il était gentil, drôle et attentionné alors oui, pourquoi pas ?

1 mois et demi après l’anniversaire d’Amy


Il y avait eu d’autres rendez-vous et ce soir-là, il avait attendu avec moi à la station de taxi. « J’ai passé une bonne soirée… Comme toujours avec toi… » « Moi aussi… » Et après un silence, il s’était penché pour m’embrasser et je lui avais rendu son baiser avant de lui souhaiter une bonne nuit quand le taxi s’était arrêté.

2 mois après l’anniversaire d’Amy

Dix jours plus tard, j’avais passé la nuit chez lui et on avait pris le petit déjeuner ensemble. On ne discutait pas de l’avenir, on prenait les choses comme elles venaient et ça m’allait parfaitement. Quand je n’avais pas le moral, que ça faisait trop d’émotions à gérer, Fred savait se montrer présent ou au contraire assez distant pour me laisser respirer. Il s’adaptait et j’appréciais sa délicatesse.

3 mois après l’anniversaire d’Amy

« J’ai vraiment pas envie de partir en France… Enfin si, mais tu vas me manquer… » Lovée dans ses bras, à regarder un film, je ne pensais qu’au fait que je repartais pour Paris la semaine suivante. « Si je te demande de venir avec moi, est-ce que tu me diras oui ? » Je m’étais redressée dans le canapé, souriant amusée du clin d’œil à la première fois où il m’avait invitée à dîner. « Tu n’as qu’à essayer… » « Fred, est-ce que tu veux venir à Paris avec moi ? » « Oui. » et dans un baiser, la promesse de notre futur voyage avait été scellée.


Et voilà comment une semaine plus tard on se retrouvait à Paris. J’avais un petit appartement dans lequel je vivais quand j’étais en France et après s’être installés, on était sortis pour visiter la ville. J’avais voulu montrer à Fred cet autre pays qui était aussi le mien. Il s’amusait à répéter les mots en français et ça me faisait toujours craquer de l’entendre parler avec son accent américain. « T’es sûr que ça ne va pas t’ennuyer de rester tout seul pendant que je travaille ? » « Non, je vais visiter, je vais me débrouiller… Je suis pas venu pour t’empêcher de travailler, j’avais conscience que tu serais pas très disponible mais au moins on pourra profiter dès que tu seras libre… Et puis j'ai du travail aussi... » Fred travaillant dans une maison d'édition, il pouvait travailler depuis n'importe quel endroit du globe, tant qu'il lisait et corrigeait les manuscrits en temps et en heure. Je lui avais volé un baiser. « T’es trop parfait… Je sais pas si je te mérite... » J’avais souris amusée et on avait fini notre balade nocturne avant de rentrer à l’appartement.

3 jours après notre arrivée, Fred m’avait promis un dîner romantique. Il avait prévu de faire les courses et de cuisiner. En rentrant de la séance d’écriture, je n’aurais qu’à glisser dans un bon bain avant de dîner avec lui. Le programme était alléchant et même si j’allais finir tard, il s’était adapté, se moquant de dîner à 22h30.
Je n’étais pas en retard mais je pressais le pas, impatiente de retrouver Fred. Il avait presque réussi à me faire oublier Arev même si forcément être à Paris me rappelait l’arménien. Quelqu’un d’autre se souvenait parfaitement de l’arménien. Deux types avaient surgis de nulle part pour me barrer la route. J’avais essayé de les contourner, ne comprenant pas sur le coup qu’ils étaient là pour moi mais quand l’un deux m’attrapait par le bras, le message était claire. « Salut Neela… » En entendant mon prénom, mon cœur se mettait à battre encore plus vite. « Qu’est-ce que vous voulez ? » L’un deux attrapais mon visage, sa main refermée sur ma bouche pour m’empêcher de parler ou de crier. Je tentais de me débattre mais l'autre m'avait ceinturée. Je pouvais sentir le souffle sur mon visage, de celui qui me réduisait au silence alors qu’il s’était rapproché pour proférer des menaces. « Tu diras à Arev que ses amis lui avaient interdit de revenir…Voilà ce qu’on fait à ses proches quand il ne tient pas compte de nos avertissements. » Je me prenais un coup dans l’estomac. J’avais gémis de douleur avant de prendre un autre coup et de finir à terre. « Je vois pas de qui vous parlez. » Cette fois c’était un coup en plein dans les côtes qui me coupait la respiration. L’un des types me relevait. Sa haine déformait son visage et j’étais terrifiée. « Dis pas de bêtises, on sait que tu le connais… Alors tu vas lui dire de quitter la France sinon la prochaine fois, on ne se contentera pas des coups... » Ma lèvre avait éclaté sous l’effet de son poing et ma tête dans ma chute avait sérieusement heurté le bord du trottoir. D’autres coups pleuvaient et il me laissaient pour morte au moment où quelqu’un finissait par les faire fuir en courant dans ma direction. J’avais perdu connaissance avant que les secours n’arrivent.

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On est des enfants de la nuit de la mélancolie. Le crayon s’en est aguerri on est introverti. Sans un bruit attendre l’embellie abrité de la pluie. Comme nés de l’ombre et du soupir on est introverti. Mais sous le manteau de l’hiver, La nature entaille la chair. J’ai dans mon chagrin des cimetières, Le cœur trop pur pour vraiment m’y plaire.
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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Lun 17 Juil 2017, 23:19

C’est à moi qu’ils en voulaient. Parce que mon travail les dérange. A distance, ils peuvent s’en prendre à ma famille. Sauf que cette fois, je suis sur place. Aussi accessible que Neela, aussi disponible, voire plus encore. Pourquoi ne pas s’en prendre à moi ? J’ai supposé qu’ils ignoraient simplement où me trouver. En tout cas, ils ont trouvé la jeune femme plus vite que moi. L’un ou l’autre, le but était de marquer les esprits, qu’importe quel corps était meurtri.
Reprenons du début voulez-vous
:

Une semaine après l'anniversaire d'Amy, j’ai retrouvé mon épouse, Isabelle. Nous avons longuement parlé, mais je n’ai pas réussi à dire la vérité. En fait je tiens toujours la promesse que je me suis faite à moi-même : ne jamais rien révéler à mes proches. Avec ce secret, notre histoire est devenue impossible. J’ai beau avoir laissé des indices, expliqué qu’un énorme obstacle m’empêchait de revenir malgré ce que je pouvais ressentir… Isabelle m’a avoué ne pas pouvoir supporter ‘tout ça’. Alors tout ça, ça brise mon couple. Mes sentiments s’étaient estompés avec la distance. Pourtant en arrivant chez elle, en retrouvant ses traits bien que marqués par la colère et l’incompréhension, toutes mes émotions ont refait surface. Je l’ai aimée, et ses larmes m’ont presque rassuré. Elle aussi, elle m’aimait.

« …T’es un mec bien Arev. Je pensais que tu étais le mec idéal, pour moi. Tes défauts, tes manies, tes imperfections, c’était parfait pour moi. Alors je ne sais pas ce que tu as… et je te souhaite de t’en sortir, ça a l’air grave… mais moi je ne peux plus. Prends soin de toi. »

Nos lèvres se frôlent une dernière fois et si ma main s’accroche, la belle s’en va.

Je suis resté deux jours à l’hôtel sans prendre le temps de me nourrir. J’ai dormi beaucoup, très mal. Des cauchemars, des visions, des regrets, énormément, et un peu de pitié. Comment vont ma mère, mon père et mes sœurs ? Je n’ose pas les contacter depuis Paris, si mes ennemis savaient ?
Pour m’éviter de penser à leur malheur, je me suis concentré sur le mien. J’ai aidé Isabelle à effectuer les démarches les plus rapides pour le divorce. J’ai consenti à lui verser l’aide qu’elle réclame, je me fiche bien de l’argent. J’ai bien remarqué à quel point son avocat la bouffe des yeux, j’espère qu’elle saura trouver quelqu’un qui la mérite vraiment.

Un mois après mon arrivée, nous sommes divorcés. Cette fois j’ai l’impression que je ne vais plus jamais la revoir. C’est con, mais maintenant que les papiers sont signés, si j’ai pleuré le soir, ce matin je n’ai plus mal. Je me sens libre. Soulagé. Mentir, c’est ce qu’il y a de plus laid. Isabelle n’a désormais plus à subir ça, et c’est tant mieux.
Deux mois après mon arrivée, je n’arrive pas à partir. Si je suis libre de mes engagements ici, si je vis à l’hôtel de manière totalement discrète en ayant masqué toute trace de carrière, je peine à me projeter à NY. Pourtant c’est chez moi là-bas, depuis trois ans ! Mais cette terre me rappelle Neela, la façon dont elle a reconstruit ses murs de protection en apprenant ma situation ;
J’ai trop peur de l’échec, trop de peine à l’imaginer si proche, et pourtant si loin de moi.

En recevant le coup de fil d’Amy, ce matin, alors que la nuit avait été la moins dégueulasse depuis trois mois, ma réalité bascule à nouveau. Je me sens juste vide, habité par l’unique flamme de la panique. Mon pouls bat la chamade quand j’arrive encore débraillé à l’hôpital. Ma vie dépend totalement d’eux, leurs agissements, leurs coups de colère et de folie. C’est Neela, Neela que je pensais presque plus en sécurité que n’importe lequel de mes proches vu le peu de temps que nous avons passé ensemble, Neela qui a été attaquée ! Jusqu’ici, ils n’avaient que menacé. La seule personne qui avait subit des répercussions physiques, c’était moi.
Et maintenant Neela ?!

Le souffle court, les mains tremblantes, je suis accompagné par une infirmière jusque dans la chambre de la patiente. Un homme est là me dit-on, je ne comprends pas, je n’écoute pas. Je cherche désespérément à la voir mais quand ce que j’attendais arrive, je reste figé. Bon sang, ils auraient pu la tuer. N’ont-ils aucune limite ?
Ce drame est la preuve que je ne pourrai jamais espérer quoique ce soit de personnel… encore moins avec Neela.

Je dépose ma main sur ses doigts, délicatement, et me force à sourire alors que ses yeux semblent clos. Mais elle respire, et c’est tout ce qui m’évite de tomber.

« …Eh barmaid… est-ce que tu m’entends ? »

Totalement absorbé par la scène terrible, je ne percute rien ni personne. J’attire un siège à son chevet et referme ma main sur la sienne. Amy au téléphone était paniquée pour nous deux apparemment, heureusement que je suis sur place ! Enfin, c’est parce que je suis ici, qu’ils ont frappé.
Le cercle infernal ne me laisse aucune issue ;

« Neela ? Est-ce que… je peux faire quelque chose ? »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mar 18 Juil 2017, 00:21


Le type s’était approché, il connaissait les gestes dans une telle situation. Il avait appelé les secours mais je n’avais repris connaissance que dans l’ambulance. J’avais toutefois du mal à comprendre ce qui se passait et ce n’est qu’une fois aux urgences que j’avais sur répondre aux questions. Je m’appelais Neela. Oui on pouvait appeler quelqu’un pour moi, Frederic, dans le répertoire de mon téléphone, mais il allait falloir lui parler en anglais.
Mes côtes semblaient inquiéter, on parlait de radio. Ma tête aussi, il allait falloir surveiller ça parce que j’avais perdu connaissance et que je me sentais particulièrement fatiguée. Je répondais aux questions sur mon état de santé comme je pouvais. J’étais sous le choc, j’avais surtout l’impression d’avoir été piétinée par une horde d’éléphant. La douleur était vive, brûlante, étouffante.

Fred était arrivé à peine une demi-heure plus tard. On l’avait fait attendre jusqu’à ce que je sois parquée dans une petite demi-chambre provisoire en attendant les résultats. Une côte cassée, l’autre fêlée. Heureusement le poumon avait été épargné. La douleur était difficilement supportable et ça rendait ma respiration difficile mais Fred, fidèle à lui-même, essayait de me rassurer et de m’apaiser pour que je parvienne à respirer calmement.
J’avais tellement eu peur que je ne voulais plus qu’il parte. Je sentais sa main dégager une mèche de cheveux alors que dans le faux calme de ce coin des urgences, il me demandait ce qui s’était passé. J’avais parlé d’agression sans parler des menaces et il avait déposé un baiser sur mon front. Il avait eu peur lui aussi. Et avant de me laisser emporter par le sommeil, j’avais promis de me rattraper pour cette belle soirée qu’on n’avait pas eu. Il avait balayé tout ça, précisant que le plus important était que j’aille mieux rapidement.

Pas de commotion, de gros hématomes et ces côtes abîmées, je ne m’en sortais pas trop mal.  C’était plus impressionnant que grave car ma lèvre avait enflé après le coup de poing. J’avais une sale tête, quoi de plus normal après une nuit pareil. J’avais surtout le visage toujours tendu de douleur à chaque respiration. Les médecins avaient prévenu, ça ferait mal un moment. Ma tête semblait pulser à son propre tempo et après avoir été trimballée j’avais atterris dans un service, là où il y avait de la place. Fred était resté, volant des minutes de sommeils quand je m’endormais.

Dans la matinée, je lui avais dit de rentrer se reposer. Bien évidemment il n’avait pas voulu me laisser mais je lui avais demandé d’en profiter pour me ramener des affaires. Promettant de revenir rapidement, il s’était éclipsé. Une infirmière avait bien voulu me donner mon portable et j’avais rappelé Amy qui avait laissé des tas de messages depuis que Fred l’avait appelée. Ça allait demander des efforts de parler, mais je m’inquiétais pour Arev. « Oh mon dieu Neela ! Fred a appelé mais on dormait ! Est-ce que ça va ? » « Il ne faut pas que tu paniques… » Bien sûr elle paniquait et j’attendais que le déluge de question passe. « Ecoute moi… Je t’expliquerai tout mais il faut que tu fasses quelque chose pour moi… » « Tout ce que tu voudras. » « J’ai besoin que tu appelles Arev et que tu lui dises de ne surtout pas aller en France… Les types qui m’ont agressé l’ont menacé. » « Mais Neela… » Un médecin et les policiers venaient d’entrer. « Je dois te laisser. Fais le, s’il te plait. » Et j’avais raccroché alors qu’à l’autre bout du fil, Amy terminait sa phrase « Il est déjà en France… »

J’avais raconté aux policiers ce qui s’était passé. Etonnés de voir que rien ne m’avait été volé, j’avais raconté que c’est le type qui m’avait secouru qui les avait fait fuir et que dans la panique, ils n’avaient rien pris. Si j’avais caché les menaces contre Arev, ne sachant pas pourquoi il était menacé et instinctivement, voulant le protéger, j’avais donné la vraie description des types. Ils n’avaient pas insisté, je devais avoir une tête qui ne donnait pas envie de me faire subir d’interrogatoire, je donnais l’impression de souffrir assez comme ça.

Frederic était revenu en tout début d’après-midi. Je lui avais raconté pour la police et après avoir grignoté sans appétit, j’avais senti les médicaments faire effet. Je m’étais endormie. Fred était resté longtemps, veillant, inquiet. Il n’était pas idiot, il avait trouvé bizarre lui aussi qu’on ne me vole rien mais il n’avait pas voulu poser de question. Pas tant que je n’étais pas en meilleure forme. La douleur me faisait grimacer dans mon sommeil et il avait fini par sortir de la chambre pour aller demander si on pouvait faire plus pour la douleur. Même s’il ne parlait pas français, il s’était débrouillé, s’armant de Google Translate et autres aides sur son téléphone pour se faire comprendre. Adorable, comme à chaque fois. Une infirmière qui parlait un peu anglais avait discuté avec lui. Il allait rappeler Amy et James pour donner des nouvelles et se prendre un café avant de revenir. Ça ne prendrait que quelques minutes mais je dormais alors il partait l’esprit plutôt tranquille.

J’avais entendu du bruit maison venait d’augmenter ma dose d’anti-douleur et j’avais du mal à ouvrir les yeux. J’avais cru à une illusion, une hallucination, mon angoisse qui me faisait entendre la voix d’Arev. « Va t’en » avais-je murmuré. Pas parce qu’il n’était pas le bienvenue mais parce que dans ce drôle d’état dans lequel j’étais, je voulais que le Arev dans ma tête prenne la fuite avant qu’on ne lui fasse du mal.
J’avais enfin pris conscience de la main qui serrait la mienne mais ça ne ressemblait pas à la main de Fred. J’avais fini par ouvrir les yeux. Arev était là. J’aurais dû être contente de le voir, c’était d’ailleurs le cas mais j’étais désespérée aussi. Il était en danger. « Tu dois rentrer à New York… »  J’avais murmuré tout bas, cherchant mon souffle pour parler d’une voix plus claire. « Ils… Tu dois t’en aller… » Je luttais pour garder les yeux ouverts. J’aurais voulu me redresser mais je n’en avais pas la force, ni le courage d’affronter la douleur que ça provoquerait. « Va t’en ! » J’avais parlé plus fort au moment où Fred arrivait. Il pensait que j’étais en danger même s’il n’avait pas compris ce que j’avais dit et il attrapait Arev pour le faire s’éloigner, prêt à cogner s’il fallait même s’il n’était pas de nature violente. « Non ! Non ! c’est un ami ! » J’avais haussé la voix avant de grimacer de douleur d’avoir dû forcer sur mon souffle. Fred s’arrêtait et relâchait le beau brun en s’excusant. « Pardon… Je deviens parano avec ce qui s’était passé. » Il s’en voulait déjà d’avoir réagi si vite et il tendait la main à Arev. « Je m’appelle Fred… Désolée pour cette première rencontre musclée… »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mar 18 Juil 2017, 10:38

Petite et brisée, Neela ne ressemble plus à cette femme joviale, franche, forte. Son sourire rayonnant, ce regard perçant. Je ne retrouve rien de ses atouts. Quand sa voix se manifeste, je plisse les yeux sous l’incompréhension. Je me rapproche alors, à la fois rassuré de l’entendre et perturbé par tant de faiblesse.
Puis je comprends ses mots. D’abord hésitant, je finis par lui relâcher la main. Elle me déteste à ce point ? Mais notre histoire n’a jamais commencé ! Je me ressaisis en percutant que ses propos évoquent plus le danger qui me guette que ses sentiments – présents, ou passés du moins. J’acquiesce lentement mais mes paroles me contredisent :

« Je ne te laisse pas Neela. J’attends que tu ailles mieux et… »

Elle hausse le ton, indéniablement traumatisée. Mon regard se ferme, désespéré, je déglutis toute cette souffrance. La jeune femme ne mérite rien de si dur. Je m’en veux, intensément, et ma haine pour mes ennemis grandit aussi puissamment que la peur qu’ils m’infligent.

Alors qu’elle continue de me persuader, qu’elle fait tout pour que j’accepte de rentrer à New York, un homme entre dans la chambre. Pour ma part, j’ai quitté ma chaise pour rester debout aux côtés de la victime. Quand Neela ordonne, comme elle peut avec les contraintes de ses blessures, l’homme interprète mal et je le sens me tirer par la veste.
Je me retrouve dos au mur et des mains fermes et menaçantes tiennent mon col. A peine ai-je le temps de me défaire en passant mes bras sous les siens que la belle parvient à calmer l’agresseur. Agresseur qui n’en est pas un. Je percute à son air surpris et navré d’avoir commis une erreur, notamment à cause de la fatigue. Pauvre homme, il semble qu’il n’ait pas dormi cette nuit.

« Je m’appelle Fred… Désolée pour cette première rencontre musclée… »

« …Je comprends. Enchanté, Arev. »

Dis-je en serrant la main – un peu trop fortement sans doute – de cet homme. Je les regarde une seconde et leur lien apparaît évident. Notre histoire n’avait même pas commencé, c’est encore ce que je pensais en entrant dans la chambre. Pourtant, constater qu’en quelques semaines Neela a trouvé un conjoint me brise le cœur.
J’inspire, discrètement, et le laisse rejoindre sa dulcinée.

Que sait-il réellement ? De moi ? De nous ? De ceux qui s’en sont pris à Neela ? Il lui tend un verre d’eau et la couvre de paroles rassurantes. Mon cœur se resserre un peu et je lutte pour rester objectif, correct, logique. Une fille parfaite ne doit pas souvent être seule. Le pire, c’est que Fred a l’air très bien.
Pour l’heure, c’est tout ce qui compte.

« Je…Je peux aller chercher de quoi manger si vous voulez, pour dans une heure ? Un McDo, ou, chinois ? »

Et puis quoi ? Je reviens ici pour tenir la chandelle ? A ma grande surprise, non seulement le jeune homme accepte mais en plus il m’invite ouvertement à me joindre à eux par la suite pour manger un bout. Sans que Neela soit obligée de lui expliquer ce qui nous lie, sans qu’il n’émette la moindre interrogation, il accepte d’office ma présence. Bien sûr, il vérifie d’abord que Neela soit d’accord mais l’un comme l’autre nous peinons à interpréter sa réaction.
Elle me disait de partir, il y a trente secondes.
Lentement je m’approche du lit tandis que Fred s’éloigne gentiment pour passer commande avant que j’aille en ville récupérer notre dîner.

« Je suis désolé Neela. Tout est de ma faute… je suis désolé. Je ne partirai pas, je ne te laisse pas. Je ne sais pas qui ils sont vraiment je ; depuis l’Arménie ils me chassent et… »

Et les larmes me montent aux yeux. Je réalise alors que je suis entrain de me lamenter plutôt que de lui prêter attention ! J’essuie mon regard d’un revers de main maladroit et dépose l’autre tendrement sur sa joue. Elle est entre de bonnes mains tant qu’elle est à l’hôpital. Mais ensuite, il faudra qu’elle rentre vite chez elle, aux USA, en espérant qu’ils lui foutent la paix ;
Je sais que tout dépend alors de moi. Il ne faut pas que je m’attarde en France.

« Ton…Euh ; tu en as parlé à Fred ? A la police ? »

Je la suppose assez intelligente pour ne rien dire, rien avant de m’avoir parlé. Bizarrement je pose ma question pour les formes, car je lui fais déjà confiance. Je finis par m’asseoir dans un soupir perdu.

« Tu me raconteras, si tu peux. Si tu veux. Quand tu te seras reposée. »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mar 18 Juil 2017, 11:47

C’était bizarre. Même shootée par les anti-douleurs, cette rencontre entre Arev et Fred était bizarre. A la place de Fred, ça aurait pu être l’arménien. S’il n’y avait pas eu ce mariage, ces complications, peut-être qu’il y aurait eu quelque chose, une belle histoire. Mais j’avais freiné des quatre fers, pas prête à lutter contre une épouse fantôme et Frederic était arrivé. Ça n’avait pas été un « coup de foudre » comme avec Arev où très vite le feeling était passé, mais il avait su me séduire petit à petit et j’étais très attachée à lui à présent. De là à dire que j’étais amoureuse, il y avait un énorme pas que je n’étais pas prête à franchir encore. Mais ça n’empêchait pas que j’étais très heureuse avec lui et que ce que l’on partageait était simple, beau et fort malgré tout.

Je n’ai jamais parlé d’Arev à Fred. Lors de notre premier dîner, je lui ai parlé de Noah, de sa perte, de ma peur de refaire ma vie. Il avait alors attendu d’autres dîners comme on apprivoise un animal sauvage. Au tout début, j’avais encore Arev en tête et il avait réussi me faire oublier l’arménien. Du moins c’est ce que je croyais. De revoir le musicien ici provoquait une sensation étrange, mélange de joie et de regret.
Quant à l’agression, j’avais donné la même version qu’à la police. Ce vol interrompu par un passant – un vrai héro soit dit en passant – et Fred bien que dubitatif avait décidé de me croire. Je le remerciais pour le verre d’eau alors qu’il se montrait une fois de plus doux et protecteur. Arev reprenait la parole et à l’évocation de la nourriture, j’esquissais une petite moue. « Tu dois manger… » « Je n’ai pas très faim. » « Au moins un peu… » J’avais soupiré en croisant son regard, il n’allait pas me laisser m’affamer comme ça. « D’accord… » « Arev vous pouvez rester avec nous si vous voulez ? » Mais en réalité c’est moi qu’il interrogeait du regard, conscient qu’avant qu’il entre, je n’avais pas l’air de vouloir Arev ici. Je faisais oui de la tête, histoire de confirmer que ça ne me dérangeait pas. « Je vais passer commande alors… » Il déposait un baiser sur mon front et sortait de la chambre pour téléphoner.

« C’est pas ta faute… » Ce n’était pas lui qui avait surgit de nulle part pour me rouer de coups. « Tu dois partir… » Mais il n’écoutait pas. Je sentais sa panique au fond de lui et ça me faisait mal au cœur de le voir comme ça. « Raison de plus de rentrer aux Etats-Unis… » Ce n’est pas que je ne le voulais pas ici, à mes côtés, mais je voulais le savoir en sécurité dans un pays où ces monstres avaient décidé qu’il avait le droit d’y vivre. Ma main rejoignait la sienne posée sur ma joue. Je la caressais du bout du pouce et levais les yeux vers lui. « ça va aller… »

A sa question, je secouais la tête négativement. « Non, je n’ai rien dit… » Je lui faisais signe de m’aider à me redresser. Il relevait le dossier et je m’accrochais à lui pour me tenir plus droite, dans un effort qui m’arrachait une grimace et me coupait le souffle quelques secondes. Mais d’être proche de lui avait eu aussi un petit quelque chose de troublant. Il m’avait manqué. Bien plus que je ne l’avais pensé. Je chassais cette idée en reprenant la conversation au sujet de l’agression « J’ai dit que c’était un vol… Que le type qui m’a secouru les a fait fuir et dans la panique ils n’ont pas pris mon sac… Je n’ai pas parlé de toi. » De peur des représailles.

Il s’était assis à côté et je posais mon regard sur lui. Malgré la panique, malgré l’inquiétude, il était toujours aussi beau. Son regard avait perdu la lueur pétillante pour devenir plus sombre, ce que je regrettais. « Ils ont juste dit que tu devais quitter la France, que la prochaine fois, ce serait plus que des coups… » Je ne voulais pas raconter les coups, la peur, je voulais chasser tout ça, verrouiller ça dans un coin comme je le faisais à chaque coup dur même si ça finissait toujours par ressortir à un moment ou un autre. Un silence s’était installé, Fred ne tarderait pas à revenir. Amy et James l’avaient rappelé, ce qui expliquait qu’il n’était toujours pas de retour. « Qu’est-ce que tu fais en France ? » La question avait fusé dans mon esprit d’un coup, réalisant bien à contre temps qu’il n’était pas censé être de ce côté de l’Atlantique. Mais soudain mon cerveau se mettait à créer tout un tas de scenario dont un qui me serrait le cœur : il était revenu retrouver sa femme et reconstruire leur histoire. Ça aurait le mérite de me confirmer que j’avais fait le bon choix mais même si c’était injuste vis à vis de Fred, ça me ferait mal au cœur.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mar 18 Juil 2017, 16:20

Seul avec Neela, je prends la liberté de l’approcher de nouveau. Autant que la première fois, en espérant qu’elle ne me supplie pas de déguerpir. Ou pas que. Cette fois plus de doute malgré la faiblesse de sa voix, son intonation est dictée par l’inquiétude. Elle me demande de partir pour me mettre en sécurité. J’aimerai la rassurer. Lui jurer que je vais retourner loin de ce pays pour fuir le danger. Mais ça ne rimerait à rien ; mes ennemis me suivront partout, ils sont bien venus détruire ma vie en France. Ils peuvent le faire ailleurs. Une troisième fois. Je ne représente aucune menace pour la culture arménienne, je veux au contraire l’ouvrir au monde, mais avant tout je veux vivre de ma passion. Or, après les quelques interventions déplaisantes à leurs yeux, ils ont décidé de ne pas me lâcher. En réalité aujourd’hui, je suis sûr qu’ils ne savent même plus pourquoi ils me persécutent. Sans doute pour que je n’ose jamais les dénoncer.

La jeune femme me donne un peu plus de détail sur l’agression. A peine. Bien assez pour que j’imagine la scène et mon sang se glace. Après l’avoir aidée à s’asseoir un peu mieux, le contact de sa peau et cette proximité me réchauffe aussitôt. Elle est en vit, elle va bien… je suis heureux d’être là. Bien sûr, il aurait fallut des retrouvailles dans de bien plus belles conditions mais la savoir désormais sauve, c’est le principal. Il faut que je chope un médecin rapidement pour connaître le détail de ses blessures.
En attendant, Neela s’interroge sur ma présence à Paris.

« Le mal du pays ? »

Je souris, hausse les épaules et cherche mes mots. J’ai été lâche pendant trois ans, à repousser un divorce qui, en vérité, n’avait pas raison d’exister pour moi. Maintenant qu’elle sait ce qui pèse sur ma tête, je tente d’être plus honnête :

« …C’est à cause d’eux que j’ai quitté l'Arménie. Puis la France. Et Isabelle. » Dis-je en jouant avec mon annulaire nu. « Nous étions mariés depuis un an. Il a fallut que je l’abandonne…sans la moindre explication. Elle ignore tout ça. »

Tandis que ma barmaid préférée, que je connais si ‘peu’ finalement, est déjà largement impliquée. Au courant.

« J’ai dit que j’avais besoin d’un peu de distance et j’ai surtout prétexté mon boulot. Elle ne l’a jamais supporté. Je suis revenu il y a quelques semaines et nous avons longuement discuté… je n’ai toujours rien dit. Je, je pense la protéger. C'est mieux ainsi. »

Alors j’abandonne une vie de couple, des souvenirs, des promesses, un avenir qui promettait d’être beau. Ma seule consolation dans cette triste fin, si l’on peut dire, c’est de réaliser qu’Isabelle ne m’aime plus. Je lui ai fait trop de mal. Notre histoire ne serait plus imaginable désormais.

« Nous avons divorcé le mois dernier. C’est officiel ! »

Un ton victorieux qui sonne bien mal. Quoique. Quelle est la plus grande amertume ? Perdre une femme qui m’a aimé et me déteste aujourd’hui ? Ou constater que Neela a trouvé le bonheur plus vite qu’il m’a fallut pour divorcer ?

« …Tu es entre de bonnes mains. »

Equipe médicale, famille, Fred…
Il revient alors dans la chambre en m’expliquant l’endroit où le diner a été commandé pour que je puisse aller le chercher. J’ai un peu de temps devant moi, si peu envie de m’éloigner d’elle, tellement mal de les voir à deux. Je fais un tour sur moi-même et fini par bredouiller :

« J’ai le temps d’aller parler un peu avec les médecins et ; j’irai prendre une douche avant de revenir. Avec le dîner ! »



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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mar 18 Juil 2017, 21:12

Bien calée dans mon lit, la tête dans l’oreiller, j’étais prête à l’écouter me raconter ce qu’il faisait en France, que ça me fasse mal au cœur ou non. Après tout, s’il état heureux, je me devais de l’être aussi pour lui. N’avais-je pas trouvé le bonheur avec Fred après tout ? J’avais réussi à oublier Arev et ce gros coup de cœur pour lui. Mais le voir en face de moi ravivait des souvenirs que je refoulais par respect pour Fred.

Je lui rendais son sourire mais je n’y croyais pas. C’était pas le mal du pays qui l’avait décidé à venir ici, pas alors que ça semblait si compliqué il y a 3 mois. Je me contentais de l’observer, attendant les vraies raisons qui finissaient par arriver. J’étais tellement perdue dans un nuage d’antalgique que je n’avais même pas demandé qui était ces types qui lui en voulaient temps. Je n’avais ressenti que l’urgence de sa fuite pour leur échapper. J’allais lui demander des détails sur ces types mais d’abord je le laissais me parler de son exil forcé. Un prénom. Sa femme s’appelait Isabelle. J’observais ses mains alors qu’il me racontait comment il était parti sans explication. Je comprenais la colère de sa femme, le fait qu’elle ait perdu patience face au silence et aux excuses qui n’en étaient pas. C’était triste ce gâchi. Peut-être l’aurait-elle suivi s’il lui avait dit.

J’apprenais qu’il était revenu en France depuis quelques semaines. Ça expliquait pourquoi le patron ne l’invitait plus à chanter au King’s Tavern et pourquoi je ne le voyais plus. « Tu aurais dû lui dire… Elle aurait peut-être compris… Elle aurait même pu décider de te suivre dans ton exil. » Le mensonge, ce n’était pas quelque chose de viable, ça pourrissait les relations. J’ignorais encore à ce moment-là que j’allais semer le même genre de graine dans ma relation avec Fred quand il reviendrait. « Qui sont ces type d’ailleurs ? Pourquoi ils te poursuivent ? » Est-ce qu’il avait trempé dans des histoires pas nettes ?

Et puis le verdict était tombé. Il était maintenant divorcé. « Je ne sais pas si je dois être désolée, ou si tu te sens libre et que je dois être contente au fond pour toi même si ce n’est pas facile dans tous les cas ? » je l’interrogeais du regard. « Mais tu as l’air plus clair avec toi-même… ça t’aidera sans doute à avancer. » C’est pour cette raison que je lui avais annoncé qu’il valait mieux qu’on en reste là, le soir de l’anniversaire d’Amy. Il était coincé dans un mariage auquel il n’avait pas mis de terme définitif et je n’avais pas voulu, par lâcheté et par besoin de me protéger, me lancer dans une telle histoire. De savoir tout ça, de le savoir libre, ça faisait un pincement au cœur. Si Fred n’existait pas dans ma vie, j’aurais sans doute senti l’espoir d’une jolie histoire renaître. Mais il y avait Fred et je tenais à lui. Il était vraiment génial et je ne pouvais pas m’imaginer tout gâcher.

Je tentais de comprendre quoi il parlait quand il me disait entre de bonnes mains. J’avais confirmé d’un signe de tête, pensant principalement à Fred même si les médecins s’étaient bien occupés de moi depuis mon arrivée cette nuit.
Fred justement revenait. Il avait commandé dans un restaurant chinois dont je lui avais parlé quand on s’était promené l’autre soir. « Merci encore, c’est gentil Arev. Je suis contente de voir que Neela a de la chance d’avoir un ami comme toi. » Même s’il n’avait pas oublié le ton de ma voix quand il était entré dans la chambre. Fred était gentil mais loin d’être un idiot. « A tout à l’heure alors. Merci Arev. » Il sortait de la chambre et Fred reprenait sa place à mes côtés.

« Tu n’es pas obligée de répondre, mais qui est cet homme ? Pourquoi vous vous disputiez quand il est entré ? Comment il a su que tu étais là ? » Je tentais une réponse. « Il est musicien et chanteur. Il a joué au King’s Tavern, je l’ai rencontré à New York. » Il me fallait une explication et je me lançais dans un mensonge… Le même genre de mensonge dont je disais qu’ils pourrissaient les relations. « J’étais tellement shootée que je l’ai pris pour un agresseur, c’est pour ça que j’ai crié mais quand tu es entré, j’ai réalisé ce qui se passait… Amy a du le prévenir en le sachant en France. » Fred me regardait longuement, il ne m’avait bien évidemment pas crue mais probablement qu’avec mon état il avait préféré ne pas faire de vague. Toutefois, c’est à cet instant précis qu’il avait compris qu’Arev n’était pas juste un ami comme un autre. « Il a l’air de tenir à toi… » « C’est un ami. » avais-je répondu pour le convaincre autant que j’essayais de me convaincre. Je préférais lui attraper la main et y déposer un baiser. « J’ai juste hâte de rentrer avec toi… » « Moi aussi… Mais il faut être prudent. Le médecin a dit que tu sortirais probablement demain si tout va bien pour ta tête… » C’était déjà ça.

En attendant Arev, on avait discuté avant que la douleur se réveille et que l’infirmière revienne poser une perfusion d’antalgique, la précédente étant vide depuis un moment. Je m’étais à nouveau endormie et Fred finissait par faire de même, somnolant plus qu’il ne dormait, encore inquiet pour moi.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mer 19 Juil 2017, 10:33

Je ne sais pas si Isabelle aurait pu comprendre, et puis à quoi bon imaginer ? Il est trop tard. Je suis persuadé que désormais, même la vérité ne la ferait pas changer d'avis. Pour la simple et bonne raison que notre amour a été détruit. Du gâchis sans doute, des erreurs sûrement, mais voilà. Comme le dit Neela, je suis presque prêt à partir sur un nouveau départ.
Si on oublie que mes ennemis, eux, n'ont pas l'intention de changer leur processus.

Après ces quelques aveux au chevet de la demoiselle, je propose d'aller récupérer le dîner. En sortant de la chambre alors que Fred continue de soutenir sa bien aimée, je parviens à accoster une infirmière. Manque de bol, elle n'est pas en charge de Neela mais elle sait deux trois choses qui me conviennent parfaitement : son état a été stabilisé. Il lui faudra bien entendu une convalescence suivie, mais sa vie n'est pas en danger et ses blessures seront bientôt un lointain souvenir ;
Je n'ai pas le cœur à trouver un autre professionnel, je disparais de l'hôpital, au pas de course.

En arrivant dans la rue je reprends mon souffle, recherche de l'air, pourtant impossible de me calmer. Rien ne va, mais Neela est en vie. Je suis littéralement déchiré entre cette joie, et l'accablante douleur qu'est ma vie, mon quotidien, mon absence total d'avenir.
J'inspire profondément et rejoins, calmement si possible, mon hôtel. Je prends le temps d'une douche bien chaude dans l'espoir surement d'apaiser mes idées. En fin de compte, la seule solution pour ne pas imploser : c'est vivre à l'instant. Aussi, j'enfile des vêtements propres comme on démarre une nouvelle journée et prends la direction du restaurant asiatique.

« Merci monsieur, passez une excellente soirée ! »

« ...De même. »

Excellente soirée. Oui, avec la fille de mes fantasmes couchée dans un lit d'hôpital par ma faute. Oh, et son petit ami dans les pattes ! Je me frotte la nuque, coupable. Je n'ai pas à le jalouser, je ne suis rien pour Neela. Rien qu'une connaissance, un bon feeling ;

J'entre dans la chambre et trouve les deux amoureux - non ? - endormis l'un contre l'autre, Fred sur la chaise, la tête sur le lit médicalisé. Le visage de Neela semble calme. Les antidouleurs sans aucun doute, mais elle est belle, malgré tout, dans cette fausse sérénité. J'attends quelques secondes, croise le regard interrogateur d'une infirmière dans le couloir et dépose finalement la livraison sur la table du fond.

« Il faut que tu quittes la France au plus vite Neela. Je ne serai pas tranquille avant. »

Adossé contre le mur du fond depuis deux minutes, je réalise que ma position n'est pas correcte. Ils ont du sommeil à rattraper !
Je commence alors à quitter les lieux, les yeux sur elle, quand je percute une demoiselle un plateau dans les mains. Le "dîner" hôpital de Neela fini sur le sol et le plateau métallique rebondi bruyamment. Je rattrape de justesse la main de l'aide soignante en lui présentant mes plus plates excuses.
Ah oui, je suis maladroit...c'est vrai.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Mer 19 Juil 2017, 21:06

J’avais été réveillée par l’infirmière venue changer la perfusion et vérifier quelques constantes. Comme Fred avait été réveillé aussi, j’en avais profité pour négocier afin de troquer ma blouse hideuse contre un t-shirt et un short de pyjama. C’était plus confortable et un peu plus élégant en attendant de pouvoir m’habiller mieux et sortir demain. Fatiguée, j’avais fini par me rendormir et Fred avait fait de même. D’avoir changé de tenue, ça aidait à se sentir mieux et Fred était rassuré.

Nous étions tellement usés et fatigués qu’on avait pas entendu Arev revenir. Même la bonne odeur de nourriture asiatique n’avait pas réussi à nous éveiller alors qu’on adorait pourtant ça. Et patatra. Un plateau qui tombait au sol et je me réveillais en sursaut tout comme Fred. Il semblait être perdu et ne plus savoir où il était avant de me regarder puis de lancer un regard à Arev et à l’aide-soignante qui venait d’apporter mon repas. Mon cœur cognait encore dans ma poitrine alors que j’étais soulagée de voir que ce n’était que ça et pas des agresseurs qui voudraient revenir finir le travail.
« La dernière fois, t’avais réussi à rattraper le verre… » Je parlais du jour de notre rencontre quand il m’avait aidé à fermer le bar et ça m'arrachait un sourire. Fred se levait pour aller leur donner un coup de main et quand l’aide-soignante, navrée, parlait d’un autre plateau repas, je lui disais de ne pas s’en faire. « Monsieur maladroit nous a ramené à dîner… » Elle semblait beaucoup moins embêtée d’un coup, avant de murmurer. « ça sera toujours meilleurs que ça. » Et on finissait tous par sourire, même Fred qui avait eu le droit à une traduction de ma part.

Une fois les dégâts nettoyés, l’aide-soignante filait et je lançais un regard interrogateur à Arev. « T’allais partir sans dire au revoir et sans manger avec nous ? » C’est ce qui était prévu après tout. Et puis vu la quantité, il faudrait au moins deux hommes pour tout manger, je n’avais toujours pas très faim. Fred invitait Arev à s’asseoir et il déballait tout, remerciant encore une fois l’arménien d’être parti chercher à manger pour nous.
Ça avait tout de même été un peu bizarre même si Fred arrivait à détendre l’atmosphère. Il avait interrogé Arev sur son métier, sur la fac et ses interventions, la musique. Il avait parlé un peu de son travail mais pas trop parce qu’il ne voulait pas ennuyer les gens avec ça. Et puis on avait évoqué James et Amy, nos amis en communs. Finalement le repas était vite passé, Fred m’avait encouragée à manger et j’avais été plutôt coopérante.

Finalement les deux hommes avaient décidé de me laisser me reposer. Fred le faisait à contre cœur mais on lisait la fatigue sur son visage. Je l’encourageais à rentrer à dormir. Demain j’allais sortir de l’hôpital et on aurait à nouveau tout le temps d’être ensemble. Quant à Arev, on promettait de s’appeler, quand il serait de retour aux Etats-Unis. Une fois seule, histoire de fuir le silence, j’avais allumé la petite télé. Au moment où l’infirmière venait faire un dernier tour pour la route, elle ramassait le porte-feuille d’Arev. « C’est à votre ami non ? » « Oui... Je vais lui envoyer un message pour lui dire qu’il est là. » Elle refermait la porte et en mode casse-cou, je me contorsionnais pour attraper mon téléphone et envoyer un SMS à Arev. « Tu as perdu ton porte-feuille dans ma chambre. Tu n’auras qu’à repasser ce soir ou demain le chercher. Bisous. Neela. » Dans le même laps de temps, Fred m’envoyait un message auquel je répondais avant de reposer l’appareil sur la table de nuit et de me laisser hypnotisée par la télé. Au fond, j’espérais presque que Arev décide de faire demi-tour pour son porte-feuille.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 15:12

Tellement embarrassé par ma bêtise que je bégaye des excuses auprès de l'infirmière, puis de Fred et surtout pour Neela. Entre celle que je dérange en plein travail et les deux que je réveille, je suis impardonnable...
Finalement la patiente armée de son humour parvient à rassurer tout le monde en me rappelant le dîner apporté par mes soins. Les sourires de chacun me rassurent. La jeune femme me ferait presque culpabiliser en sous-entendant que j'allais m'échapper en douce ;

« Si si je mange avec vous mais...vous dormiez bien et... »

Mais je capitule : nous avions prévu de manger ensemble, je reste. Prenant place près de la demoiselle, je l'aide à se servir et tente d'enrichir la conversation avec Fred. Tout se passe bien, en fait. Je mets de côté la relation qui les unit.

À part quelques gestes tendres entre eux qui restent difficile à observer, je passe une bonne soirée.
Je quitte l'hôpital assez gauchement, promettant à Neela de la contacter bientôt et lui ordonnant presque de rentrer à NYC dès que possible.

C'est en arrivant devant l'hôtel que mon portable sonne. Je sursaute et me précipite, craignant qu'il y ait un souci. Heureusement non, je suis juste un boulet une fois encore, j'ai oublié mes papiers dans sa chambre. Je crains qu'il ne soit pas possible de retourner à l'hôpital à une heure si tardive ;
Je soupire et décide de monter dans ma chambre avant de prendre ma décision : retourner à l'hôpital ou y aller demain.

Finalement pas à tergiverser, l'entrée m'est refusée sans pièce d'identité.
...
Comme je m'y attendais, on me précise que les visites ne sont pas envisageables à une heure pareille. Je tente de discuter un peu et il faut croire que je parle bien - ou j'ai de la chance - mais l'homme qui s'occupe de la surveillance a entendu parler du portefeuille oublié. En fait, sa petite amie l'infirmière lui en a touché un mot.
Je les remercie tous les deux lorsque je la croise et rejoins la chambre de Neela.

« ... Neela ? »

Quitte à la réveiller, autant le faire en douceur cette fois. Je souris et m'approche, guettant dans la pénombre pour trouver mon portefeuille.

« Désolé, je n'assure pas. Ça va aller, cette nuit ? »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 19:48


J’avais espéré que la télé puisse me changer les idées. Au départ, quand j’avais dit à Fred et Arev qu’ils pouvaient partir, je le pensais. Je me sentais fatiguée, j’avais dans la tête de dormir assez rapidement. Sauf qu’une fois toute seule, une fois la dernière ronde de l’infirmière passée, j’avais commencé à cogiter. Ce n’était pas l’agression et le sentiment de peur qu’elle avait laissée qui me maintenait éveillé. C’était des souvenirs.

La dernière fois que je m’étais trouvée dans un hôpital, c’était à la mort de Noah. Depuis, j’avais soigneusement évité ce genre d’endroit. Je n’en étais pas fière mais j’étais contente d’être en France quand Lucy était née car ça m’avait évité de devoir aller voir la petite famille à l’hôpital. Mais cette fois, je n’avais pas le choix et je revoyais certaines images. Les lumières éteintes, persuadée qu’Arev ne reviendrait pas ce soir mais plutôt demain, j’avais tenté de chercher le sommeil mais j’avais laissé couler une larme. Pas de grosse tempête mais juste le besoin de craquer un peu.

C’est à ce moment que l’arménien entrait dans la chambre et j’essuyais mon visage. Heureusement pour moi, il n’avait pas allumé la lumière et je m’étais raclé la gorge avant de répondre. « Oui. » Je ne dormais pas, il n’avait pas à s’inquiéter de me réveiller. Il s’approchait et j’essuyais une dernière fois mon visage avant de lui répondre. « Oui oui, ça va aller… » Je cherchais à tâtons la télécommande et appuyais sur le bouton pour la petite lumière au-dessus du lit. J’espérais faire illusion avec un sourire. « Je croyais que tu viendrais demain finalement… » Je fuyais son regard pour tendre le bras mais la table de nuit était trop loin. « Ton portefeuille est dans la table de nuit… » Je le laissais ouvrir lui-même le tiroir alors que je prenais une inspiration pour me donner un peu plus de contenance, je voulais pas qu’il s’inquiète pour rien. Je relevais finalement les yeux vers lui avec un sourire un peu moins franc qu’à mon habitude.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 21:02

D'abord, je mets ses petits yeux sur le dos de la fatigue. Il est tard. Je lui souris, espérant éveiller ses jolis traits, en vain. Alors je me penche vers le meuble et en sort mon portefeuille pour le poser sur la chaise derrière moi. Je prends le temps de la contempler plus attentivement - quitte à ne pas être discret - et réponds enfin à sa question.

« Je pensais aussi revenir demain. Il faut que tu dormes... Mais impossible d'entrer à l'hôtel sans ma pièce d'identité. »

A nouveau le petit sourire qui se veut rassurant, efficace. Pas beaucoup plus de réussite malheureusement. La demoiselle sort d'une épreuve terrible et traumatisante, normal qu'elle paraisse si... ailleurs. Du coup, je mets cette fois son regard sur le dos de l'agression.

« ...ça me dérange pas d'être repassé en tout cas. Tu sais, je peux même attendre que tu dormes si tu veux ! »

C'est impoli ? Discourtois ? Pourquoi prendrais-je la peine de la veiller ? On observe pas quelqu'un qui dort ! C'est un moment intime, pour ainsi dire. Et Neela a un compagnon.
Je me place alors sur la chaise derrière moi - retirant le portefeuille sur lequel je m'étais assis - et plisse les yeux pour la détailler dans l'obscurité.

Oui il y a la fatigue, le choc, la douleur. Mais quelque chose dans ses traits indiquent un malaise supplémentaire. Autre chose, allez savoir. Je ne suis pas réputé attentif, ni très perspicace. Mais quand j'aime quelqu'un, mes sens de l'observation deviennent bien plus pointu.
Ramenant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, je demande, avec un ton doux et sérieux.

« Qu'est-ce qui t'empêche de dormir ? »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 21:22

Je les vois les sourires d’Arev. Bienveillants, tentant d’en faire naître un sur mon visage mais j’ai du mal à les lui rendre. Ils n’ont rien de ceux que je peux avoir habituellement. J’aimais être la petite nana qui faisait sourire et rire les gens mais là, le cœur n’y était pas. Je n’arrivais même plus à faire semblant. Peut-être que ça aurait marché avec un inconnu ou une autre personne mais le regard d’Arev semblait me détailler, comme s’il avait compris que quelque chose n’allait pas mais que ça n’avait rien à voir avec les émotions de la nuit précédente.

« Tu as sûrement mieux à faire que de rester à me regarder dormir. » Même si je trouvais attendrissant qu’il propose de rester. Ça me touchait beaucoup. Il s’installait sur la chaise et je baissais les yeux en me sentant scrutée. « Ne me regarde pas comme ça… » J’avais tenté un petit sourire avant de relever les yeux vers lui. Sa main venait replacer une mèche de cheveux et son geste me serrait le cœur. Je sentais ma gorge se nouer et les larmes monter. Je baissais les yeux à nouveau et serrait les dents le temps que l’émotion passe.

C’était le moment de parler de moi à Arev. Avec tout ce qui s’était passé, je n’en avais jamais eu l’occasion. Je l’aurais sans doute fait dans le jardin de James et Amy il y a 3 mois si Arev n’avait pas évoqué son mariage. « J’ai… » Je me raclais la gorge pour m’éclaircir la voix. Je jouais avec la bague à mon annulaire. Avant il y avait ma bague de fiançailles que je portais il y a 3 mois encore. Après avoir rencontré Arev, j'avais compris qu'il était temps de me détacher. La bague que je portais était un cadeau de Noah mais elle n'avait pas la même signification d'engagement.  « Il y a deux ans, j’ai perdu mon fiancé. » Je n’osais pas le regarder. « Être coincée ici… ça me replonge dans des souvenirs douloureux.Je n'avais pas remis les pieds dans un hôpital depuis... » Je haussais les épaules, je n’aimais pas être le centre de l’attention à cause de mes états d’âme. « Ça va passer… » Je relevais mon regard un peu trop brillant vers lui. « Je vais mieux, y’a juste des moments plus sensibles… » Je jouais avec le drap entre mes doigts. « On a tous un passé hein… » C’est ce que je lui avais dit le soir où j’avais décidé qu’on en resterait là. Je soufflais un bon coup comme pour chasser l'émotion que ça avait été de parler de ça.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 21:36

Un peu comme si j'avais eu un pressentiment, une intuition particulièrement précise, je me rapproche d'elle tout en sachant que Neela a un aveu à me confier. Je n'attends pas qu'elle me livre ses secrets, l'histoire de ses cicatrices ni même toutes les lignes de son histoire. Si je suis curieux je ne suis pas indiscret et puis, les gens sont tellement plus passionnants quand ils gardent un peu de mystère ;
Ce que la jeune femme me révèle alors me laisse sans voix. Je ne cille pas cependant. Mes yeux restent solidement agrippés à son visage, alors que les siens se détournent.
Après quelques secondes, je me mords la lèvre et déplace mon regard jusque sur le sol.

« Oui, on a tous un passé. Je... »

Je suis désolé ? Drôle de compassion, je ne peux surement pas mesurer sa peine. Je l'imagine immense, démesurée, insoutenable. Comment a-t-elle fait ? Comment fait-elle ? Ce ne sont pas des questions auxquelles je peux répondre et honnêtement, je ne veux pas les développer.
Par contre je voudrai savoir montrer tout mon soutien. Je voudrai qu'elle puisse, l'espace d'un regard, comprendre à quel point je suis dégoûté par la façon dont le destin a agit. C'est écœurant, navrant à souhait, et si je pouvais lui filer un peu de courage - si si, je dois en avoir, quelque part -pour qu'elle affronte se destin de manière a tirer de lui tout le bonheur qu'elle mérite... ce serait parfait.
Je peux bien essayer.

« Qu'est ce qu'elle te disait ? » Je désigne alors l'écran TV. « Je ne t'ai pas coupé dans ta série favorite ? »

Bien sûr que non ! Vous pensez bien que c'est ma façon stupide de changer de sujet. Sans insulter son défunt fiancé, sans insulter non plus ce moment de confidences, je veux pouvoir lui redonner le sourire avant de partir. Qui sait, on va bien finir par remarquer que je suis dans l'hôpital sans en avoir le droit ;

« Je paris que ton personnage préféré est un blond, mince aux yeux bleus ! Aller... Je ferai celui qui n'est pas vexé tu peux rallumer. »

Je fais semblant de la bousculer pour ne pas lui faire mal.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 22:38

Je sentais l’espèce de malaise d’Arev. Je lui en voulais pas, les gens réagissaient souvent comme ça. Ils ne savaient pas quoi dire. Certains ne disaient rien. Souvent parce que je glissais la nouvelle et m’empressait de changer de sujet pour leur éviter justement l’embarras de n’avoir rien à dire. Avec Arev, c’était un peu différent, j’avais juste ramené le sujet du passé, souvent compliqué, qu’on avait tous. J’aurais sans doute aimé en parler mais quand il changeait de sujet, je comprenais qu’il ne devait pas être à l’aise pour ça. Une fois encore, je ne pouvais pas lui en vouloir. Y’aurais bien d’autres gens pour discuter. Amy peut-être. Je l’appelerai sans doute une fois le musicien parti.

Je me forçais à relever la tête vers l’écran. « Je ne sais même pas, je regardais sans vraiment prêter attention… » Et je n’avais pas tellement envie de prêter attention à l’écran. Il me « bousculait » gentiment et à sa remarque, j’esquissais un sourire en coin. « N’importe quoi… » Je rallumais la télévision, plus pour Arev que pour moi au final et je posais les yeux sur l’écran sans vraiment regarder ce qui s’y passait.

Mon téléphone vibrait et je tendais le bras pour l’attraper. C’était Fred. Je pianotais un message et j’avais hésité avant de lui dire qu’Arev était revenu chercher son porte-feuille mais je préférais être honnête avec lui. Si je commençais à lui cacher des choses comme ça, il allait finir par se faire des idées. Ce qu’il se faisait sans doute déjà à cause de mon explication bidon, plus tôt dans la soirée. Fred avait répondu, j’avais senti sa contrariété dans sa façon d’écrire mais il avait fini par me souhaiter une bonne nuit.

Arev fixait l’écran et je l’observais plus que je ne regardais la série. J’étais heureuse avec Fred mais je me demandais ce qui se serait passé si je n’avais justement pas rencontré l’éditeur et que j’avais revu Arev, fraîchement divorcé. Est-ce qu’on aurait repris là où l’on s’était arrêté y’a 3 mois ? Est-ce que seulement il m’aurait rappelé en me disant que c’était clair de son côté ? C’était des questions que je ne devais pas me poser. La preuve était déjà là, il avait divorcé depuis un mois et au lieu de rentrer à NY et de me rappeler il était resté ici en France. C'était plutôt clair. Sans cette agression, on ne se serait peut-être jamais revu. Alors les « si » je devais les oublier. Je détournais les yeux une brève seconde trop tard, alors qu’il lâchait l’écran du regard pour tourner la tête vers moi. C’était mon tour d’avoir l’air absorbé par la série alors que je n’avais absolument rien suivi. « T’es pas obligé de rester… » Je tournais les yeux vers lui. « Te sens pas obligé. En plus tu vas te faire jeter de là si on te voit... »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Jeu 20 Juil 2017, 22:53

Non, ça ne suffit pas à la faire sourire. Elle utilise en tout cas ma bêtise pour rallumer la télévision, joli prétexte pour changer de sujet - pour nous deux. Il aurait peut être fallut me faire plus compatissant et curieux à l'égard de son passé. Mais le drame qu'elle vient de m'avouer me paraît trop grand, trop "pur" pour être conversé avec quelqu'un d'aussi maladroit que moi.
Je réfléchis surement trop.

Alors qu'à l'écran, Samantha règle ses comptes avec son infidèle de Toni, je me perds dans mes pensées. Elle était fiancée, c'est assez récent, bien que tout est relatif. Aujourd'hui cependant elle vit une histoire avec Fred. Est-ce la première depuis la disparition de son fiancé ? Si c'est le cas, elle est plus sérieuse et importante que je le voudrai ;
Je déglutis ma jalousie et me concentre sur l'épisode. Le feuilleton. La pub ? Qu'est ce qu'on regarde ? Un truc sans queue ni tête, mal joué qui plus est.

Je replace mon attention sur la demoiselle et croise alors son regard. Amusé, je l'écoute me mettre en garde sur ce qui peut m'arriver. Admettons, je vais probablement me faire jeter. J'ai trop peu de chance pour que ça se passe autrement. Et après ?

« Je ne me sens pas obligé. Pas par toi. »

Par mes angoisses, l'attachement que j'éprouve pour elle. Tous ces sentiments contradictoires et étouffants. Sans me défaire de mon sourire, je récupère la télécommande et baisse le son, sans éteindre. Le murmure lointain pourra peut être couvrir notre discussion et m'éviter le renvoi trop tôt.

« Je n'ai pas envie de te laisser... Sauf si tu me demandes de te foutre la paix bien sûr ! Sinon, je ne bouge pas. »

Neela se retrouve ici par ma faute, exclusivement ma faute. Je ne peux prendre ses douleurs, supporter sa convalescence, je peux au moins être là.
En baissant la tête un instant, je me frotte la nuque.

« Et puis, quand le passé se fait plus douloureux qu'autre chose, c'est jamais drôle d'être seul. »

La luminosité qui émane de la télé rend ses yeux plus brillants qu'ils ne le sont. Fasciné, je reste muets, à la contempler, ignorant même les bruits de pas que l'on entend dans les couloirs. Neela. Je voudrais étouffer tout ses maux.

« ... Tu, je vais te chercher un verre d'eau ? »


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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Ven 21 Juil 2017, 00:22

Je le croyais. Il ne se sentait peut-être pas obligé finalement. En tout cas, l’avoir à mes côtés me faisait du bien même si ce n’était pas juste de penser ça vis-à-vis de Fred. On peut se réjouir d’avoir un ami à son chevet. Un ami, ça, ça n’est pas quelque chose de déplacé, n’est-ce pas ? Il baissait le son de la télé et je lâchais définitivement l’écran du regard. « Je n’ai pas envie que tu partes. » ça aussi on peut le dire à un ami, non ? Alors pourquoi je me sentais tellement coupable à cet instant précis ?

Il évoquait à nouveau le passé et je baissais les yeux, touchée par sa remarque. J’aurais dû appeler Fred, c’est lui qui aurait dû être là mais je ne m’étais pas vue l’appeler pour lui demander de me remonter le moral parce qu’un fantôme de mon passé me manquait. Pourtant, ça aurait dû être évident. Je savais qu’en plus si je l’avais appelé, on aurait pu en parler. Il avait su trouver la distance jusque-là, la façon d’évoquer Noah. Ça ne le mettait pas mal à l’aise mais aujourd’hui c’est moi qui aurait été mal à l’aise de lui en parler. A croire que parfois quand je pensais avoir fait un pas en avant, j’avais l’impression d’en faire deux en arrière. « Merci. »

Est-ce que deux amis peuvent se regarder dans le noir à la seule lumière d’un écran de télévision, sans dire un mot ? Je soutenais son regard, restant silencieuse, oubliant l’agitation du couloir, le son étouffé de la télé. Quand il brisait enfin le silence, c’était comme se réveiller après un rêve trop réel. La culpabilité me nouait l’estomac. « Euh… Oui je veux bien… » Je n’avais même pas soif mais j’avais parfaitement conscience que tout ça, là, ça n’était pas censé se produire. Pas avec quelqu’un dans ma vie. « Non. » J’étais sûrement difficile à suivre. « Merci mais… je suis fatiguée… Je vais essayer de dormir… Tu devrais rentrer. » ça me coûtait beaucoup de me refermer comme ça. J’y perdrai peut-être Arev au passage mais je ne pouvais pas faire ça à Fred…

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Ven 21 Juil 2017, 16:26

Neela ne souhaite pas me voir partir. J'essaye de ne tirer aucune conclusion hâtive - et émotive surtout. Personne n'aime rester seul dans une chambre d'hôpital, et les raisons qui ont conduit la demoiselle à se retrouver là justifient plus encore le besoin de compagnie. Les gens qui s'en sont pris à elle savent qu'elle me côtoie, c'est totalement effrayant.
J'avoue, je ne peux empêcher mes pensées de broder d'autres raisons. Neela ne veut pas que je parte, parce que Neela m'apprécie. Elle ne veut pas que je sorte, parce que c'est moi. Ma compagnie lui plait, je lui plais ?

Je rêvasse tandis qu'elle confirme vouloir de l'eau. Ou pas ;

« Merci mais… je suis fatiguée… Je vais essayer de dormir… Tu devrais rentrer. »

Voilà. Elle ne voulait pas que je parte, il y a trente secondes à peine, désormais elle me conseille de "rentrer". Mais qui veut être seul à l'hôtel ? Ce n'est pas l'hôpital, mais pas loin. Je l'observe et acquiesce, respectant son choix. Je continue de penser que ma présence lui convient. Si elle me congédie, c'est certainement par politesse... ou besoin de calme ?

« Ouais... je vais y aller. »

Dis-je quand mes gestes font l'opposé de mes propos. Rapprochant la chaise à tel point de son lit que mes genoux rencontrent le matelas, je pose un coude près de son bras et mon regard dans le sien. Là. Est-ce que je comprends mieux ce qu'elle veut, en la dévisageant ainsi ? J'espère bien ! L'attitude est impolie et certainement gênante ;
Malheureusement pour moi, aucune certitude : j'ai l'impression que Neela veut à la fois parler, se reposer, m'avoir à ses côtés mais pas trop près quand même.

« J'irai quand je serai sûr que ça va pour toi. Ça ne va pas ? Enfin je... on dirait que... tu veux me dire un truc ? »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Ven 21 Juil 2017, 19:33

Il n’avait pas l’air vexé que je lui conseille de partir. J’étais soulagée, c’était la bonne décision. Il allait partir, si ça se trouve on ne se reverrait pas à NYC parce qu’on se perdrait à nouveau de vu comme pendant ces trois derniers mois. Chaque chose rentrerait dans l’ordre. Fred et moi nous allions continuer à nous découvrir, à nous rapprocher. Arev retrouverait la sécurité des Etats-Unis et chacun ferait son chemin. Tout redeviendrait clair et simple. Je n’aurais plus à me sentir coupable d’avoir un tel regard pour lui, d’avoir envie qu’il reste, d’avoir envie de sentir son parfum.

Mais au lieu de s’en aller, il avait rapproché la chaise du lit, se rapprochant de moi par la même occasion. Je pouvais sentir son parfum à nouveau et ça me rappelait la danse qu’on avait partagé dans le jardin d’Amy et James. Son regard accrochait le mien et j’avais beau lutter je n’arrivais jamais à le fuir pour de bon, revenant sans arrêt à ses prunelles. Je voulais qu’il s’en aille autant que ça me déchirait et j’étais désespérée de ne pas réussir à garder la tête froide.

« J’ai… » Est-ce que ça allait ? Je savais plus vraiment. Il avait bousculé mes certitudes en débarquant de ma vie. Si je ne l’avais pas appelé directement pour le mettre en garde c’est sans doute parce que je savais que reprendre contact ferait vaciller la stabilité que j’étais en train de retrouver. J’avais eu raison d’avoir ces craintes. Un air un peu triste sur le visage, j’allais chercher sa main, cherchant le courage de dire les choses. « C’est un type bien… Et je ne veux pas lui faire de la peine. » Je parlais de Fred, Arev avait dû le comprendre. Je relevais les yeux vers lui. « J’ai l’impression d’être retournée en arrière quand on était dans le jardin de James & Amy… J’étais libre et tu étais encore prisonnier de ton mariage… » Ma voix se serrait un peu. « Sauf que cette fois, on est dans un hôpital, à Paris. Cette fois c’est toi qui est libre et moi… Moi j’ai Fred… Je tiens beaucoup à lui… » Je levais la main pour la poser sur sa joue, mes doigts rencontrant sa barbe de trois jours. « Il faut croire que le timing ne sera jamais parfait… » Je tentais un sourire comme si ça pouvait rendre le moment moins grave. Moins solennel. Mais je n’avais pas le cœur à sourire et pas la force de faire semblant. « Si tu restes là, je n’arriverai plus jamais à avoir les idées claires… » Parce qu’il y avait ce truc entre nous qui n’avait pas disparu, même après trois mois de distances.

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Ven 21 Juil 2017, 22:18

Je mets quelques instants à comprendre. Fred, bien sûr. Elle parle de Fred. C'est donc ce qui la tracassait et bien sûr, ce n'est pas une surprise. C'est presque rassurant. Je n'ai aucune envie d'être un problème pour eux, pour elle surtout. Mais je suis rassuré de voir que nous sommes tous les deux bouleversés par ces retrouvailles. Elles ont un goût malheureusement amer, du fait de son statut de femme en couple désormais ...
Si Neela s'est mise en couple avec cet homme, quelques semaines après notre dernier duo au King's, c'est que je ne l'ai pas tant marquée. A moins qu'elle ait au contraire choisi de se caser avec un type pour essayer de chasser le méchant arménien marié ? Je secoue la tête pour moi même, faisant face à l'évidence : Neela a croisé la route d'un homme parfaitement respectable, avec surement du charme et toutes les qualités qu'elle attendait. Point. Le fait est qu'elle n'envisageait pas de me revoir. Moi ? C'est différent. Si j'ai enfin franchi le pas du divorce, c'est indéniablement pour elle ;

« Oui, il a l'air très bien et, oui, le timing est mauvais. Je suis désolé. Votre histoire aurait pu continuer tranquillement... Si mes ennuis ne t'avaient pas rattrapée. »

Avec des 'si', on referait le monde. Et si mes ennemis ne s'en étaient pas pris à Neela ? Son couple avec Fred aurait pris de l'âge, leur lien se serait peut être renforcé. Bien sûr, ils auraient pu aussi se séparer, le temps fait du dégât. Mais je les sens suffisamment en osmose pour imaginer - à contrecœur - qu'ils feront un beau couple sur le long terme.

Je déglutis au contact de sa main. Ce touché aurait du être si chaleureux, si agréable. Je replace mes yeux dans les siens, la gorge nouée, profitant de ce geste à la fois douloureux mais tellement enivrant.

« Si tu restes là, je n’arriverai plus jamais à avoir les idées claires… »

« Mais si je m'en vais, tu vas m'oublier ? »

Si elle m'oublie, c'est qu'elle tient plus à lui qu'à moi. De toute façon, n'est-ce pas déjà le cas ? Ils se fréquentent depuis des semaines, intimement. Je ne suis et reste qu'un collègue chanteur, tout au plus.
J'attrape ses petits doigts et les enferme dans ma main chaude, avant de les lui rendre.

« Tu as besoin de repos. Et, tu as raison, il faut que tu aies les idées claires... C'est, à toi de voir. »

Je me lève et pose un baiser sur son front en inspirant son parfum comme si c'était la dernière fois. Refusant de victimiser ma situation ou de plaindre l'un d'entre nous, je lui souris avec sincérité et lui fais signe en rejoignant la porte de la chambre. Il n'y a rien de grave. Il faut surtout qu'elle se remette de cette épreuve terrible de l'agression. Pour le reste, nous sommes des adultes sensés et réfléchis. Tout va bien se passer...

Pourtant, à hauteur de la sortie, je fais demi-tour et reviens à grandes enjambées jusqu'à son chevet. Désolé mais décidé, je me penche et viens embrasser la jeune femme avec délicatesse. La douceur de mon baiser est contraire à mon retournement brutal de situation.
En me retirant après quelques courtes secondes, je précise tout de suite :

« Tout est ma faute. Tu n'as rien fait. Ne culpabilise pas, pour Fred. Il n'a pas à savoir. »

J'ose à peine croiser son regard. Je rejoins vite la sortie, bégayant :

« J'aurai tout fait pour te rendre heureuse. Prends soin de toi. »

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MessageSujet: Re: Toutes les peines, toutes les haines, d'où qu'elles viennent...   Ven 21 Juil 2017, 23:05

Oui Fred était très bien. Presque trop. Il y avait des moments où je le sentais plus attaché à moi que moi à lui et ça me rendait parfois mal à l’aise. Et puis ensuite il retrouvait le juste équilibre pour ne pas forcer les choses et j’avais l’impression qu’on pourrait continuer ainsi. La vérité, c’est qu’avec Arev, je n’aurais sans doute pas cherché à ralentir les choses. J’aurais peut-être foncé comme je le faisais quand j’étais passionnée. Musique. Amitié. Amour. Mais le destin avait mis des obstacles et c’est Fred qui avait débarqué. Il avait su m’apprivoiser. Mais est-ce que ça pouvait résister à un lien comme celui entre Arev et moi, qui était né en l’espace d’une soirée, puis d’une après-midi ? Je ne voulais pas tenter le diable malgré tout.

A sa question, je sentais mon cœur louper un battement et les larmes monter à nouveau. L’idée de l’oublier semblait tellement improbable et pourtant nécessaire si je ne voulais pas perdre Fred, ni le blesser. J’étais coincée, perdue. Tellement perdue que j’étais incapable de répondre à sa question et j’avais gardé le silence. Ma main se retrouvait dans la sienne lorsqu’il semblait devenir raisonnable. « Merci. » Je voyais combien tout ça lui faisait de la peine. Dans tous les cas, que ce soit Arev ou bien Fred, j’allais en blesser un. Ce soir, je blessais l’arménien.

Je fermais les yeux au contact de ses lèvres sur mon front et inspirais une dernière fois son parfum. Il n’y avait pas d’émotions surjouées. Il y avait deux adultes raisonnables qui savaient qu’il était nécessaire de remettre un peu de distance même si ça leur faisait mal au cœur. Je l’observais s’éloigner avec l’envie de pleurer mais j’allais tenir bon jusqu’à ce qu’il soit parti, jusqu’à ce que je ne puisse plus entendre ses pas.

Ses pas qui le ramenait à grandes enjambées vers ce lit où j’étais coincée. A la précipitation avait succédé la douceur et je lui rendais son baiser, doux, intense mais teinté de l’amertume qu’ont les baisers d’adieu. En était-ce un ? A peine nos souffles à nouveau séparés, je l’entendais endosser toute la responsabilité mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir coupable sans toutefois regretter qu’il ait osé ce dernier geste.

« Toi aussi… » Mais il était déjà sorti de la chambre alors que je sentais les larmes couler. A force de pleurer, la fatigue avait fini par reprendre le dessus et j’avais trouvé le sommeil de longues minutes après son départ.

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Le lendemain, Fred était revenu. Il avait fait semblant de ne pas remarquer mon trouble. Il avait continué de veiller sur moi et je le lavais laissé faire, rongée par la culpabilité.

------------------------------

Quelques jours plus tard, nous avions repris l’avion direction New York. En posant le pied sur le sol américain, je me souviens encore du regard qu’on avait échangé, comme si nous avions compris que ce qui s’était passé en France ne resterait pas là-bas et que faire semblant ne pouvait pas durer.

J’avais raconté à Fred ma rencontre avec Arev, le trouble, le mariage de l’arménien et le silence qui s’était installé à la suite de sa révélation. J’avais rappelé à l’éditeur son entrée dans ma vie, ce qu’il avait représenté pour moi, combien il comptait pour moi même si… Et ce « même si » nous avait tué. Autant que la révélation de ce baiser échanger dans la chambre d’hôpital. Je nous avais tué avec mon besoin d’être honnête et de tout lui dire. Notre histoire était déjà morte et nous nous étions pourtant entêté pendant les semaines qui avaient suivi. J’avais promis de ne pas revoir Arev et j’avais effacé le numéro de l’arménien comme preuve de ma bonne foi.

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